lundi 12 janvier 2026
renoncement à l’exigence
L’école contemporaine ne forme plus des esprits libres, elle organise l’adaptation docile.
Non par accident, mais par glissement progressif.
Comme elle, la société se croit instruite alors qu’elle est essentiellement informée.
Comme elle, elle confond transmission du savoir et gestion des comportements.
Comme elle, elle substitue la conformité à l’exigence.
La peur est devenue un instrument politique à part entière.
Peur sociale, peur identitaire, peur du déclassement.
Elle est exploitée, amplifiée, ritualisée par les médias de flux continu, dont la fonction n’est plus d’éclairer mais de canaliser.
Le citoyen n’est plus convié à comprendre, mais à réagir.
On ne transmet plus des outils intellectuels, on distribue des opinions prêtes à l’emploi.
Le réel est prémâché, digéré, restitué sous forme d’émotions maîtrisées.
Dans cet environnement saturé, certains thèmes sont surexposés,l’immigration en particulier, pendant que les enjeux structurels disparaissent du débat public.
L’éducation, l’économie réelle, la souveraineté productive et territoriale sont reléguées hors champ.
Dès lors, l’aisance verbale devient un substitut à la compétence.
Il suffit de bien parler pour être perçu comme apte à gouverner.
Une culture partielle, bien scénarisée, suffit à produire l’illusion de la profondeur.
Ce mécanisme avait déjà été décrit dans La fabrique du crétin de Jean-Paul Brighelli, qui analysait l’abaissement méthodique de l’exigence intellectuelle comme condition de gouvernabilité.
Cette lecture, qu’on la partage ou non, demeure éclairante.
Nous persistons pourtant dans une logique archaïque.
Une logique quasi monarchique, où l’on cherche des figures, des visages, des incarnations.
L’apparence devient légitimité, la posture devient autorité.
Mais l’habit ne fait pas la compétence.
L’éloquence ne fait pas la lucidité.
Le semblant intellectuel ne fait pas l’expérience.
Gouverner n’est pas surplomber.
Gouverner n’est pas parler d’en haut à des anonymes supposés incapables de comprendre.
Gouverner suppose l’écoute, le terrain, la confrontation au réel.
Or notre système valorise la centralisation du récit plutôt que l’intégration des expériences.
Tout se pense d’en haut, pendant que les territoires deviennent périphériques.
La jeunesse s’adapte.
La compétence s’efface.
La lucidité recule.
L’erreur n’est pas de manquer d’intelligence.
Elle est de croire que la mise en scène peut durablement tenir lieu de pensée.
Car l’Histoire est indifférente aux intentions.
Les sociétés ne s’affaiblissent pas par manque de discours, mais par renoncement à l’exigence
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