samedi 14 mars 2026
La Ville des Horloges Muettes
Dans la cité de Constat, tout était d'une précision effrayante. Les rues étaient pavées de certitudes et les habitants portaient des montres qui ne marquaient que le "Rentable" et le "Raisonnable". On y enseignait aux enfants que le ciel était bleu par simple réfraction physique, et que les nuages n'étaient que de la vapeur d'eau, sans aucune forme de dragon ou de château.
Au centre de la ville vivait une silhouette que l'on nommait L’Éternel. Il n'avait pas d'âge, ou plutôt, il les avait tous à la fois. Il était ce "petit grain" dont vous parliez, cette gouttelette d'adolescence qui refusait de s'évaporer sous le soleil de plomb de la logique marchande.
Un matin, alors que la ville célébrait la "Fête du Réalisme", L’Éternel s'arrêta devant le grand mur gris qui fermait l'horizon. Les gardiens de la Norme s'approchèrent :
— « Pourquoi regardes-tu ce mur ? Il n'y a rien derrière, seulement le vide et l'inutile. »
L’Éternel sourit. Il ne voyait pas un mur. Il y voyait une toile blanche. Dans son esprit, le bovarysme n'était pas une illusion, c'était une perception augmentée. Là où les autres voyaient de la pierre, il voyait une porte. Là où ils entendaient du silence, il entendait l'appel d'une liberté sans frontières.
Il posa sa main sur le crépi froid et murmura :
— « Le monde n'est pas ce qu'il est, il est ce que nous osons en faire. »
Soudain, sous ses doigts, la pierre devint liquide. Des fleurs d'encre et d'or se mirent à grimper le long des façades grises. Les montres des passants s'arrêtèrent, terrassées par l'imprévu. L'adolescence de son âme agissait comme un acide sur la réalité médiatisée. Les gens, d'abord effrayés, sentirent une vieille brûlure au creux de leur poitrine : le souvenir de leurs propres fantaisies qu'ils croyaient suicidaires, mais qui n'étaient que des espoirs en hibernation.
Ce jour-là, la ville ne changea pas de géographie, mais elle changea de regard. L’Éternel n'avait pas détruit le monde, il l'avait libéré de sa propre lourdeur.
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